jeudi 12 avril 2012

Les Manouches en Floride 2



LES EVERGLADES 
Bonjour tout le monde!  Nous revoici pour notre deuxième chronique de nos petites aventures en Floride.  Cette fois-ci pas d’exercice sur le passé simple.  Pour changer restons présent et au présent.  
La dernière fois que je vous ai parlé nous nous apprêtions à quitter Key West pour les Everglades.  Il y a bien longtemps que je me demandais à quoi pouvait bien ressembler les Everglades dont j’entendais si souvent parler.  J’étais dubitatif quant à l’intérêt à visiter des «swamps».  C’est donc notre baptême car les Manouches n’y ont jamais mis les pieds.
Étrange et fascinante contrée ma foi.  Mélange de différentes sortes de marécages et de Hammock qui abritent une très grande diversité d’oiseaux, de mammifères, d’insectes et de reptiles dont le célèbre alligator emblème des lieux.  Un immense écosystème au fonctionnement stupéfiant et à l’équilibre hydrique compromis sous la pression démographique et agricole.
Nous commençons notre découverte des lieux par la partie sud (Everglades National Park) en empruntant la route 9336 menant à Flamingo sur la baie de Floride.  Le trajet depuis Key West s’étant bien déroulé nous arrivons au parc plutôt que prévu et nous faisons nôtre la proposition de la préposée de la guérite d’accueil d’aller parcourir la Anhinga Trail car, nous dit-elle, il y a plein de sites libres aux terrains de camping de cette partie du parc et que nous pouvons prendre notre temps. L’admission à ce parc national est de 10$ mais c’est une passe valide durant une semaine complète  (gnan-gnan la SÉPAQ).  
Premier arrêt au Ernest Coe Visitor Center.   Là il faut que je vous conte un truc un peu particulier.  En arrivant au stationnement du fameux centre des visiteurs une affiche nous avise que «Vultures can injuries your vehicule»!  J’en prend bonne note mais au fait qu’est-ce qu’un Vulture?  Après tout s’ils peuvent injurier mon Escampette aussi bien savoir qui est ce malotrue.  Alors à la première dame croisée je demande ce qu’est un Vulture?  Elle me montre le ciel et m’indique de sombre rapace qui virevolte au dessus du stationnement.   Des oiseaux!  Hitchcock est-il toujours vivant?  Je cherche des informations afin de savoir quel gueule il a ce mec?  Je finis par trouver une photo.  La fiche signalétique nous indique qu’il s’agit d’un individu au plumage noir de la grosseur d’un gros poulet avec une tête de dindon gris sale et une gueule patibulaire.    Arrivés près du bâtiment du Centre des visiteurs de grands bacs nous offrent des bâches pour protéger nos véhicules des fameux Vultures.  Là j’en apprend un peu plus.  En effet cette bestiole a la fâcheuse habitude de se régaler des caoutchoucs de pare-brise et de fenêtre.  L’inquiétude me saisie.  Dois-je mettre une bâche sur l’Escampette?  Je me retourne vers le stationnement.  Personne n’en a mis.  Ma frousse se confronte avec la pression du groupe.  Bâche ou non?  Après rapide réflexion je conclue qu’au volume d’auto la probabilité que mon Escampette bien aimée soit une victime de ces bestioles est bien mince.  De plus le volume de personne circulant dans le stationnement me semble un facteur dissuasif à l’égard des fameux Vultures.  N’ayant pas de lien internet au moment où j’écris ces lignes je ne peux pas utiliser ma formidable appli qui vous traduit les mots en 12 langues, même les idéogrammes chinois han traditionnel.  Mais en prononçant à haute voix le mot et en respectant la phonétique anglo-saxonne je me doute du nom de ce sinistre oiseau.
Nous nous lançons donc dans la Anhinga Trail et nous ne le regrettons pas car la faune aviaire est très présente et nous pouvons l’observer de très près.  J’ai même pu approcher un cormoran à moins de cinq pieds.  Il y a aussi beaucoup d’Anhinga perchés ici et là à se faire sécher les  plumes.  Cette première randonnée complétée nous nous dirigeons vers le Long Pine Key qui est un superbe camping (16$/jr rebelotte la SÉPAQ), sans service, mais avec toilettes, où nous n’avions pas de voisin à moins de 300 mètres.  
Le lendemain nous consacrons notre journée à parcourir le sentier de  Pa hay Okee et celui du Mahogany Hammock.  Comme ceux-ci sont moins longs que prévu nous décidons de nous enfoncer plus profondément vers le sud jusqu’à Flamingo où nous observons des lamantins et quelques crocodiles.
Ces visites terminées nous remontons vers la Tamiami Trail  (route construite entre 1915 et 1928 dont le nom résulte du mariage de Tampa et Miami) en direction de la Shark Valley dont nous parcourerons les 25 km de sentier le lendemain.  Nous poursuivons jusqu’au Big Cypress National Preserve où il n’y a aucun frais d’admission (re-rebelotte la SÉPAQ) et quelle belle surprise le camping est «gratos» de décembre à début avril.  Fichu bonne nouvelle pour le budget qui pourra se reposer un peu durant les deux nuits que nous passerons là.  
Petit apparté pour les amateurs de photos.  Ils vous faut absolument visiter la galerie de Clyde Butcher qui se trouve le long de la Tamiami Trail.  Il fait des photos noir et blanc de paysage à la chambre photographique.  Cela lui permet de faire des agrandissements  de 4 pieds par 8 pieds remplis de fins détails.  Je dirais que c’est un talentueux émule d’Ansel Adams.  À ne pas rater.
Notre visite des Everglades complétée nous levons le camp en direction du Collier-Seminole State Park. En route nous bifurquons vers Everglades City qui est un village de pêcheurs floridien typique où la majorité des maisons sont sur pilotis.  Sur la rue principale d’Everglades City j’ai l’occasion de voir une demi-douzaine de ces fameux Vultures à l’oeuvre sur une carcasse d’opposum heurté par une auto.  Mes doutes se confirment quand à leur nom dans la langue de Molière.  Dans une langue comme dans l’autre la musicalité des mots contribue à faire naître un sentiment de bête sinistre.  
Nous poursuivons notre visite jusqu’à Chokolovsky qui est à peine quelques kilomètres plus loin.  Mini village mais très gros parc de VR.  Nous remontons dîner à Everglades City au Seafood Depot Restaurant.  Notre curiosité avait été piqué par leur assiette des Everglades composée d’alligator, de conches et de cuisses de grenouilles, je ne peux résister aux fried green tomatoes en clin d’oeil à un certain film. 
Arrivé à Collier-Seminole State Park nous obtenons, sans trop de problème, un site même si c’est samedi et que le camping est passablement plein.  Les sites sont d’ailleurs très rapprochés les uns des autres et nous devons souper dans l’Escampette si nous voulons protéger notre souper de la voracité des essaims de mouches.  Même si le camping est très boisé votre sentiment de communion avec la nature s’évanouit très vite quand votre voisin est un Pick-Up 2500 DURAMAX.  Ce State Park étant à quelques kilomètres de Naples nous allons terminer notre après-midi en arpentant quelques rues de cette ville très cossue.
Notre destination du lendemain est Sanibel Island en face de Fort-Myers.  Mais avant de nous y rendre nous faisons un détour pour visiter le Corckscrew Swamp Sanctuary créé et administré par la Société Audubon.  C’est un site de nidification important et c’est l’une des rares vieille forêt de type Big Cypress Swamp qui a été sauvée des haches de bûcherons.  Certains de ces cyprès ont d’ailleurs plus de 600 ans.  C’est d’ailleurs là que nous ferons notre première véritable rencontre avec de désagréable moustiques qui ne vous laissent pas photographier en paix.
Arrivé à Sanibel Island le seul camping de l’île peut nous accueillir mais bizarrerie la dame ne prend que du comptant ou des Travelers check??  Camping correct mais sans plus où nous croisons deux autres condistes.  C’est le matin de notre départ ;que nous partons tôt pour une randonnée de vélo jusqu’au bout de Captiva Island la voisine de Sanibel.  Captiva Island me semble être la banlieue riche de Sanibel.   Certaines des maisons vus sur cette île pourraient sans difficultés servir de résidence d’été officiel au président des É.U.A.  Même si la moyenne est un peu plus modeste elles sont en général très grandes et nichées au fond d’un immense terrain.  Ces mini domaines portent d’ailleurs tous un nom.  Je vous dit cela car l’un de ces noms m’a fait monter la moutarde au nez.  Je vous conte.  Lorsqu’on visite un pays étranger il est toujours agréable de voir des mots de notre langue utilisée pour désigner un commerce, un bistro ou une rue.  Donc sur le long de la route de cette cossue Captiva je tombe sur «Bonheur d’occasion».  Ma première réaction est de trouver sympathique que le nom d’un roman soit utilisé ici en pays anglo-saxon.  Mais quelques secondes suffisent pour que l’histoire du roman me revienne à l’esprit et que la sympathie se transforme en colère contre un tel irrespect de l’oeuvre.  Nommer «Bonheur d’occasion» une demeure cossue niché dans un petit coin de paradis du sud floridien c’est faire preuve d’une inconscience tragique quand l’on connait le milieu social où se déroule l’action du roman.  Être l’auteur je crois que je poursuivrais les propriétaires des lieux pour diffamation d’oeuvre.  
Des petits problèmes avec le remisage du tuyau de vidange de l’Escampette canalise ma mauvaise humeur sur autre chose et la douche finit de la dissiper.  Nous pouvons partir vers Myakka River State Park situé à environ 15 Km à l’est de la ville de Sarasota.
Ce State Park est situé à l’intérieur des terres.  Malgré cela il est très fréquenté surtout par des visiteurs de jour comme nous le constatons le lendemain lorsque nous nous rendons au Outpost  sur les rives du Upper Myakka Lake.
Nous faisons un brin de jasette avec un couple de Québécois qui sont arrivés en même temps que nous en vélo.  Comme nous, ils sont en Floride quelques semaines en vacances.
Une concession privée offre une brève croisière, en aéro-glisseur, sur ce lac peu profond principalement fréquenté par des oiseaux de rivage, des aigles, des faucons et l’inévitable alligator.  L’aéro-glisseur, considérant sa taille et le nombre de passager embarqués, peut atteindre, grâce à son moteur de Cadillac Eldorado, la mirobolique vitesse de 8 mph.
Ballade somme toute ordinaire mais capitaine à l’humour suave.
Nous occupons le reste de l’après-midi à découvrir le parc à vélo et à pied dans les quelques sentiers offert dont le Canopy Walk qui nous permet de grimper dans une tour de près de 23 mètres de haut.  La vue sur le parc est superbe.  Nous terminons notre journée par une visite au BirdsWalk qui nous donne l’occasion d’observer une parade amoureuse entre un dindon sauvage et deux dindes.  Monsieur a besoin d’exhiber tout son  flamboyant plumage pour convaincre ces dames de se laisser approcher.  Deux superbes pygarques à tête blanche sont postés sur une portion dénudée de la rive.  C’est la troisième fois que je me mord les doigts de ne pas avoir apporté mon doubleur de focale.  
Après cette journée plein-air place à l’urbain.   La Manouche voulant absolument voir les flamands roses floridiens de son enfance nous nous arrêtons pour visiter le Jungle Garden de Sarasota.  Les flamands roses sont bel et bien au rendez-vous et j’avoue qu’ils sont superbes.  Nous complétons notre découverte de Sarasota  par une balade à pied dans le quartier historique.  Ne vous laissez pas confondre par le terme «historique» car dans le cas de certaines villes floridiennes l’histoire est bien mince.  Nous sommes fort loin du Vieux-Québec.  Beaucoup de ville ont été fondées au début du 20 ièm siècle.
Pour notre dernière journée au parc nous restons bien peinard à la maison à siroter du thé glacé et à lire à l’ombre des arbres.
Le Myakka River State Park n’offre certes pas de belles plages de sable blanc et d’invitantes eaux turquoises mais pour quiconque aime les campings tranquilles dans une paisible forêt c’est une destination à considérer.
Sur la route à nouveau nous nous rendons à Ruskin.  Qui a-t-il à voir à Ruskin?  Absolument rien!  Cette petite ville est située légèrement au sud de Tampa et nous sommes curieux de connaître le E.G. Simmons County Park qui s’y trouve.  Par ailleurs nous voulons nous rapprocher de Fort de Soto County Park où nous avons rendez-vous avec El Bambino (pour les non initiés d’entre vous il s’agit du nom de code d’un Condiste) le surlendemain.
Ce petit parc est situé dans une section de la baie de Tampa toute en méandre.  C’est pourquoi, hormis deux petites sections pour le camping, le parc offre principalement des abris à pique-nique et des quais de pêches.  J’y ai d’ailleurs eu le douteux honneur d’avoir droit au tarif «senior».  Mais bon ne boudons pas le plaisir de garder 12$ dans nos poches.
Comme il n’y a rien à voir à Ruskin nous jetons notre dévolu sur l’aquarium de Tampa.  Très bel aquarium, agréable à visiter et qui présente la faune et la flore en partant des marais et des rives de l’océan jusqu’au fond marin.  Très grande variété de poissons, quelques superbes requins dans une reconstitution sous-marine convaincante et une petite section consacrée aux hippocampes qui me fit vivre quelques étonnements.
Le parc où nous sommes installé n’étant que méandres nous consacrons notre journée du lendemain à les découvrir en canot.  Nous nous baladons donc entre les îlots de forêt de mangroves et enfilons des «tunnels» de verdure nous permettant de passer d’une section de méandre à une autre.  L’eau étant peu profonde nous pouvons observer des raies et des poissons.  D’ailleurs une espèce, qui nous est inconnue, n’arrête pas de faire des sauts de 20 à 30 centimètres hors de l’eau souvent à proximité du canot.  Ces petites forêts de mangroves sont aussi habitées par les oiseaux habituels de la région, à savoir Ibis, aigrette, petit et grand héron bleu.  Les inquiets, parmi vous, peuvent se rassurer, il n’y a pas d’alligators en eau salée et la baie de Tampa est trop au nord pour les quelques crocodiles américains qu’ils restent en Floride.  Tout au plus aurions nous pu croiser un petit requin dans ces méandres qui atteignent à peine un mètre de profond.
Nous poussons l’audace jusqu’à sortir des méandres pour contempler la grande baie de Tampa,  Cela nous permet de voir les buildings de Tampa sur notre horizon tribord et ceux de St-Petersburgh sur notre horizon babord.  L’après-midi s’achève et nous retournons lentement vers le quai de location heureux et ravie de cette paisible randonnée dans un milieu que nous n’avons pas chez nous.   

Dimanche de Pâque nous mettons les voiles vers le parc de Fort de Soto.  Un bref coup de fil d’El Bambino confirme le rendez-vous.  Le dernier petit pont franchi la circulation est pare- choc à pare- choc sur l’unique route du parc.  Un petit vent d’inquiétude pénètre dans l’Escampette.  Y aura-t-il des places de camping de libre??  N’y tenant plus, mais après avoir vérifié les endroits où El Bambino aurait pu nous attendre, je me rend au bureau d’accueil du camping pour vérifier les disponibilités et tenter d’attraper deux sites relativement rapprochés.  Ouf! il y a de la place.  Pendant que le ranger et moi procédons à l’enregistrement à l’intérieur les El Bambinos arrivent à l’extérieur.
Après l’installation de l’Escampette je me paie une brève tournée des lieux.  WOW!!  C’est vraiment, hormis Anastesia State Park, le plus beau terrain de camping que nous ayons eu depuis notre arrivée en Floride.  Grands sites et large bande de végétation qui sépare des voisins.  Et de plus, que les condistes parmi vous ouvrent les oreilles, Fort de Soto est le secret le plus mal gardé de toute cette histoire, nous sommes en effet, après un rapide décompte, au moins 8 SC et 1 Alto sur le terrain.
L’après-midi et la soirée se passe à l’activité favorite des condistes.  L’atmosphère est des plus festive et c’est avec énormément de plaisir que nous renouons avec les El Bambino.
Le lendemain matin nous enfourchons, malgré la soirée arrosée de jus de raisins pour adulte,  nos vélos en direction de St-Petersburgh.  Nous traversons de paisibles quartiers aux maisons modestes et proprettes.  L’un de nos objectif du jour était de repérer le Musé DALI.  Avis à tous il est déménagé sur le boulevard DALI près de l’aéroport municipal.  Nous poursuivons vers le PIER  et le quartier près de la baie de Tampa.  L’air de rien c’est près de 60 Km de vélo que nous aurons parcouru durant cette belle journée.  Au retour les filles se précipitent à la plage alors que moi je m’écrase dans une chaise avec une bonne bière fraîche.
Le lendemain matin, après un second souper dès plus festif, les El Bambinos quittent pour Hallendale alors que nous nous décidons de prolonger d’une journée notre séjour afin de pouvoir visiter le musé DALI sans nous soucier du dodo à venir.  
Le musé est d’une architecture superbe et totalement inspirée.  Les oeuvres présentées vont de l’enfance (première peinture de Dali à 10 ans) jusqu’à la maturité.  Nous nous enivrons 4 heures durant de la géniale folie de ce peintre à la personnalité excentrique.
À peine remis de nos multiples émotions nous nous rendons tirer quelques bordées dans le «vieux» quartier NorthEast de St-Petersburgh. 
St-Petersburgh
10 avril 2012

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