DORMIR SUR LE TOIT DU MONDE
Chacune de nos entrées au Yukon s’est faite par de grande porte. La première fois, rappellez-vous, c’était par la vallée du Parc Kluane et là c’est par la Top of the World Highway. Nous voilà rendus au point le plus haut de cette route. Nous sommes à 1 325 mètres d’altitude (selon mon Navsat).
C’est vraiment le toit du monde car du haut du monticule situé à côté de là où nous coucherons l’on peux voir à l’infinie sur 360°. Notre regard se perd dans ce décor. C’est tout simplement jubilatoire. Pour que la jubilation soit consacrée, Normand prendra son courage à deux mains pour grimper à 1 335 mètres d’altitude afin d’apporter sa contribution personnelle à ce toit du monde; en déposant sa pierre au sommet du tas de roche qui s’est accumulé au fil des voyageurs. Nous sommes alors convaincu d’avoir atteint l’apothéose. Normand déposant sa pierre et moi le photographiant. Que demander de plus!
Il ne fallu pas beaucoup plus que 15 minutes pour que la vraie magie arrive. Encore dans l’émotion d’être dans ce somptueux sanctuaire, l’oeil mouillé par le plaisir d’une délicieuse bière, nous restons estomaqués devant ce qui nous apparaît au travers les maigres broussailles. Nous nous en frottons les yeux pour être bien certain. Pas de doute c’est bien lui! Le renard du Petit Prince qui nous rend visite sur le toit du monde. La mâchoire nous en décroche.
Je vous connais mécréant vous êtes en train de douter que ce soit lui. Et bien laisser moi vous dire que si ce renard n’avait pas connu le Petit Prince il ne serait pas venu fureter à 3 mètres de la Manouche absorbée dans la frénésie du déclencheur de caméra.
Je lévitais! Elle photographiait!
Après quelques petites boucles et ses espoirs de petites bouchées déçues, il reprit le sentier des broussailles.
La journée avait été superbe et nous serons quelques-uns à veiller jusqu’à minuit pour contempler le soleil encore bien au-dessus de l’horizon.
DAWSON CITY
C’est presque sur le coup de midi que nous embarquons dans le minuscule traversier qui nous amène à cette ville mythique de la ruée vers l’or. Aucune installation portuaire ici. On accoste en s’échouant sur un banc de sable et gravier tout simplement. Le fleuve Yukon en avale une partie! Le bulldozer en remet. Voilà tout! Pourquoi se compliquer la vie quand la simplicité fonctionne bien
La première impression laissée par la rue principale en est une de ville touristique bondée de vacanciers. Mais Dawson City saura, en moins de 24 heures, effacer cette impression.
La rue principale est d’ailleurs la seule qui soit pavée et, peut-être le savez-vous déjà, le bitume utilisé est beaucoup plus pâle que celui que l’on connaît.
La raison!
C’est que Dawson City est en bonne partie construite sur du pergélisol. Alors le bitume pâle réduit l’absorption de chaleur. D’ailleurs les normes de construction sont établis de manière à réduire le transfert de chaleur entre les maisons et le sol.
Rapidement Dawson nous séduit. Son charme opère à chacun des pas que nous faisons pour l’arpenter. Oui il y a des touristes (puisque nous y sommes) mais l’on sent rapidement qu’il n’y a pas que ça. Dawson a une vie propre. Nous l’apprenons au fil de nos visites. L’exploitation minière joue encore un rôle économique. Certes beaucoup moins important qu’avant ,mais encore bien réel.
D’ailleurs, ici je dois, en toute honnêteté intellectuelle, rendre hommage à Parc Canada qui préserve et maintien les lieux historiques du temps du Gold Rush. Parc Canada y fait un beau travail de restauration et conservation et les guides qui nous ont fait visiter les bâtiment historiques, le bateau Keno et la drague #4 sont excellents.
L’humeur est à la fête dans cette ville encore un peu folle et nous montons sur le Dôme pour y prendre l’apéro en contemplant le majestueux Yukon et la ville tout en bas. Nous soupons au resto les deux soirs et nous passons une de nos soirées au Diamond Tooth Gerties, salle de jeux et de spectacle genre French Can Can mode 1898. Nous y rigolons bien et comme il fait soleil très tard nous poursuivons nos ballades dans la ville après le spectacle.
C’est un peu à regret que nous quittons Dawson pour nous diriger vers Whitehorse.
WHITEHORSE
Dawson nous parfumait de ses doux relents d’hier, Whitehorse nous ramène aujourd’hui.
Située à 500 Km au sud de Dawson City nous campons à mi-chemin. Ainsi nous arrivons assez tôt à Whitehorse. Capitale du Yukon, près des deux-tiers des quelques 33 000 Yukonnais y vivent. Cela n’en fait pas pour autant une «grosse» ville telle que nous avons tendance à le penser dans le sud. Évidemment je parle de leur sud à eux pas du nôtre.
Sachant que la météo des prochains jours s’annonce moche les Manouches vont arpenter quelques-uns des sentier du Miles Canyon. Agréable ballade juste en bordure de ses falaises basaltique qui plongent à la verticale vers un bras du fleuve Yukon. Les dangereux rapides, qui ont coûtés la vie à beaucoup de navires et de gens n’existent plus depuis qu’un barrage hydro-électrique, alimentant Whitehorse, les a apprivoisés.
Voilà pour le côté «romantique» de l’après-midi car nous avons dû en consacrer une partie à des chose beaucoup plus prosaïque. Je parle ici d’un changement d’huile pour permettre à l’Escampette de garder son ron-ron de navire routier heureux.
Il est tout juste 8 h 30, le lendemain, lorsque nous sautons dans l’autobus vers Carcross pour prendre le train historique traversant la White Pass en direction de Skagway. La journée est plutôt pluvieuse et fraîche et c’est avec plaisir que nous nous enfournons dans les wagons d’époque chauffé pour un beau «ti-poêle» à l’huile, d’époque lui aussi.
Le train se met en branle et c’est imperceptiblement qu’il grimpe, qu’il grimpe, et qu’il grimpe encore vers le col emprunté par les quelques 100 000 «desesperados» (je ne vois pas d’autre terme pour désigner ces pauvres bonhommes animés par le fol espoir de trouver de l’or dans ce pays rude et impitoyable après avoir dû transporter une tonne de nourriture et équipements de Skagway (Alaska,É.U.A.) à Dawson City (Yukon,Canada) à plus de 600 kilomètres plus au nord).
Malgré le froid, la pluie et le vent nous n’hésitons pas à sortir du wagon pour tenter d’immortaliser les points de vus vertigineux que le trajet du train nous donne à voir. À un moment nous apercevons clairement le sentier emprunté par les chercheurs d’or en 1898. Cette seule vu du sentier nous permet facilement d’imaginer les conditions d’enfer dans lesquelles ils ont du lutter pour arriver à Carcross. En bref, très peu pour moi! Suis trop «moumoune» pour une telle galère.
Ce train, qui n’existait pas au moment de la ruée vers l’or, sera construit sur mesure pour être capable de franchir le White Pass. Ses rails ne sont écartés que de trois pieds (alors que les trains standards ont des rails de 4 pieds 8 pouces et demi) pour lui permettre de prendre les courbes serrées de sa route qui serpente à flanc de montagne.
Hormis les arrêts touristique obligés, pour nous inciter à laisser quelques dollars dans les boutiques de Carcross et Skagway, c’est une très belle randonnée en montagne et dans le passé récent de ces contrées nordiques.
L’autobus que nous avions pris le matin nous ramènera de Skagway jusqu’au camping où nous sommes installés. Il est plus de 18 hrs lorsque nous sautons de l’autobus. La faim et la fatigue se font sentir mais tous sont contents de leur journée.
Le lendemain matin la pluie est toujours de la partie, elle n’a d’ailleurs pas cessé de la nuit. Ce mauvais temps conditionnera en partie le programme des deux équipages. Après avoir convenu de nous retrouver au camping d’un parc provincial à 40 kilomètres au sud de Whitehorse l’équipage du Béluga part de son côté alors que les Manouches restent au camping, moi à vous écrire ces lignes, la Manouche à lire un bon roman. Nous y resterons jusqu’à l’extrême limite de la matinée puis nous nous dirigeons vers le belvédère routier duquel nous pouvons voir le Miles Canyon tout en bas. Lunch, flânerie et sieste font nos délices une partie de cet après-midi pluvieux.
Après ces petits bonheurs nous nous dirigeons vers le Centre d’interprétation de la Béringie. Vous ne connaissez pas la Béringie? Alors laisser moi vous la présenter! Cette contrée étrange, peuplé de Mammouth laineux (j’aime ce nom de Mammouth laineux, il rend la bête plus sympathique, presqu’affectueuse, un peu comme Teddy Bear donne des airs de nounou à l’ours) et où les castors avaient la grosseur d’une Mini-Austin, exista lors de la dernière glaciation.
Étrangement, alors qu’une immense couverture de glace recouvrait une très forte proportion de l’Amérique du Nord, il y avait cette contrée à l’extrême nord-ouest du continent qui était dépourvue de glace et avait donc de la végétation.
La Béringie ne se limitait pas à l’Amérique. Elle s’étendait sur une bonne partie de nord-est de la Russie. Les deux continents étaient inter-connectés par ce qui est aujourd’hui le détroit de Béring.
Comment est-ce possible?
Par le phénomène inverse de celui que nous connaissons aujourd’hui. En effet la forte glaciation accumula tellement d’eau sous forme de glace que les expert estime que le niveau de la mer baissa de 125 mètres. Le détroit de Béring n’existait donc pas. Les humains et les animaux pouvaient alors circuler d’un confinent à l’autre sans obstacle majeur.
Je vous ai parlé du Mammouth laineux et du castor géant mais ce ne sont pas les seuls animaux qui peuplaient la Béringie. Les recherches ont permis de découvrir le bison des steppes, l’ours géant à face courte, le dromadaire de l’ouest, le smilodon, le cheval du Yukon et le tigre à dent de sabre pour ne nommer que les principaux.
Vous vous doutez sûrement, à l’enthousiasme de ma présentation, que j’ai beaucoup aimé ce centre d’interprétation.
WATSON LAKE-DAWSON CREEK
Le lendemain nous mettons cap vers le lac Watson où nous ferons un arrêt pour visiter la Sign Post Forest. C’est, somme toute, la principale attraction des lieux. Forêt bien spéciale constituée de poteaux remplis d’affiche routière ou personnelle ou encore de plaque d’immatriculation laissées par les visiteurs au cours des années. Il ne s’agit pas de quelques poteaux mais bien de plusieurs dizaines de poteaux. Et ils sont tous abondamment garnis. Personnellement après une demie heure de visite j’étais saturé.
En chemin nous nous arrêtons à Teslin visiter le Hà Khustîyi Dàkhkahwân Hit, autrement dit le Centre de l’héritage Tlingit de Teslin. Le Centre est opéré par le Conseil Tlingit de Teslin. Situé à 1.5 heure au sud de Whitehorse le centre est récent.
Tout le long du trajet vers Liard Hot Spring nous arrêterons fréquemment pour des ours, des troupeaux de bisons ou des petites hordes de chèvres de montagnes.
À notre arrivée il nous est possible d’obtenir des sites au camping du Parc provincial Liard Hot Spring. Nous pouvons donc nous installer et aller nous tremper les fesses dans les bassins d’eau chaude (très chaude même) quand le coeur nous en dit.
Ce n’est que le lendemain midi que nous reprendrons la route vers Fort Nelson. C’est là la dernière destination partagée par les deux équipages. En effet le lendemain Carole et Normand mettent le cap sur les Territoire du Nord-ouest alors que les Manouches se dirigent vers la conclusion de la présente aventure à Dawson Creek.
Le coin du Houblonneux
Certains lecteurs houblonnisants seront déçus par cette dernière chronique. Je peux les comprendre mais suis prêt à assumer leurs déceptions et les critiques qui peuvent venir avec.
Que voulez-vous au fil du voyage la papille s’émousse et le lexique s’épuise. Sans oublier que la monture et son cavalier sont «at the end of the trail» alors il y a comme une petite fatigue.
Mais ceux qui me connaissent savent quel est mon sens des responsabilités. Alors je ne peux vous abandonner dans un désert sans vous abreuver de quelques gouttes.
Voici donc une présentation succincte des produits de la Yukon Brewing. J’ai gouté la Midnight Sun qui se veux une expresso stout, la Lead Dog Ale qui se présente comme une Olde English Ale, la Bonanza Creek, une brune, la Ice Fog une India Pale Ale et la Yukon Red.
Comme vous pouvez le constater la brasserie a une offre intéressante. Selon moi elle loge dans le même créneau que la brasserie Alaskan. Donc des produits de belles qualités, bières plus intéressantes, et de loin, que les bières grand public. Aucune cependant ne se mérite à mon sens le qualificatif de «bière d’exception».
Le coin du Technophile
À Dawson Creek
Essence utilisée depuis le départ : 1 689 L
Km parcourus depuis le départ : 12 270 Km
Vitesse moyenne enregistrée : 63 Km/h
Consommation moyenne : 13,7 L/100Km
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