VOILÀ L’ALASKA
L’Escampette à la cale
La veille de notre départ de Prince Rupert nous avions prévu coucher dans le stationnement du port, de façon à être sur place, car notre navire partait très tôt et l’Alaska Marine Highway demande d’être là 3 heures avant le départ. Cela veux dire, pour nous, d’être là à deux heures du matin. Malheureusement le stationnement de la compagnie est fermé. Ne nous reste que l’option de la route 16.
La route 16 menant à Prince Rupert se termine au port en formant une fourchette de plusieurs voies. Plusieurs véhicules y prenaient déjà place en début de soirée et il y avait quelques VR de stationnés sur l’accotement. Après une brève enquête il était clair que touts ce beau monde s’installaient là pour attendre le même bateau que nous. Le seul problème c’est que la route est en pente entre la ville et le port. Nous attendrons sur l’accotement que les voies se remplissent jusqu’à un à plat où la pente s’adoucit. Cela nous permet d’éviter de dormir comme Popa et Moman.
Nos réveils matin armés pour sonner vers 2 heures trente nous nous couchons tôt. Surprise! Surprise! En plein sommeil profond quelqu’un cogne à la porte de l’Escampette. D’un bond la Manouche est debout. Après vérification elle ouvre la porte latérale pour se faire expliquer par une préposée, toute souriante, qu’elle mesurait les véhicules et nous remettrait un coupon. Elle s’exécute rapidement et nous invite à descendre au terminal pour nous enregistrer. Dans la bousculade enfiler des bobettes et mes pantalons ne m’a jamais paru aussi long.
Après avoir repris nos esprits nous réalisons qu’il n’est que 1 hr 30 du matin. Encore abasourdis par le brusque réveil, nous voilà interloqués. C’est quoi l’urgence???
D’enregistrement en douane, en file d’attente en remise de ticket c’est finalement à 4 heures du matin que nous nous effondrons sur les fauteuils inclinables du traversier pour tenter de poursuivre notre nuit.
Morale de cette histoire, si jamais vous vous rendez en Alaska en passant par Prince Rupert et que votre traversier est de nuit ne couchez pas sur la route menant au port. Ainsi votre nuit sera un peu plus longue et votre réveil moins brutal.
Les prochains jours seront des jours de repos pour l’Escampette qui sera confiné à la cale durant les traversées.
Première destination : Ketchikan. Nous y passons 24 heures. L’Île contient la forêt pluviale du Tongass et une petite communauté. Pour vous en donner une idée, considérez que la grande route qui dessert l’île du nord au sud fait environ 50 Km de long et les montagnes occupent la majeure partie de l’île ne laissant qu’une étroite bande de terre où c’est plus plat.
L’Île est réputée pour ses Totems, la Creek Street et la forêt pluviale. C’est l’endroit où il pleut le plus en Alaska, tellement d’ailleurs que les résidants ont renommé la pluie «liquid sunshine» question de ne pas trop déprimer je crois. Leur record de pluie, fièrement affiché sur un baromètre au centre ville, est de 202 pouces dans une année. Comme vous voyez c’est vraiment beaucoup d’eau ,mais il a fait beau pour nous.
L’après-midi et le début de soirée nous suffisent pour faire un bon tour des lieux. Nous parcourons la Tongass Highway d’un bout à l’autre, nous faisons le tour du downtown Ketchikan, parcourons la Creek Street. Nous prenons même le temps d’aller visiter deux sites de camping situés dans la Tongass National Forest pour nous informer sur le fonctionnement de ce type d’installation. Voici le topo en résumé : camping primitif aménagé pour les tentes, avec points d’eau dispersés sur la route ,des sites et toilette sèche, sites de camping petits mais suffisant pour les Safaris et munis d’une table à pic-nic. J’ai même vu une roulotte d’environ 25 pieds. Personnellement je ne m’y serais pas aventurer avec un tel engin. Auto-enregistrement à 10$ par nuit.
C’est similaire au camping utilisé à Burns Lake mais avec de léger frais.
Le lendemain matin c’est l’embarquement pour notre deuxième destination. Nous avons à peine terminé l’installation de nos bagages dans la cabine, que le capitaine du navire, lance un appel pour aller déplacer les véhicules de la cale car il y a une urgence médicale qu’il faut évacuer. Ne sachant trop quel véhicule est concerné je me dirige, sans tarder, vers la cale. L’ambulance est déjà sur place et le personnel de bord s’affaire à retrouver les conducteurs concernés. L’ami Normand y est déjà et je me dirige vers lui en l’entendant de loin, expliquer au matelot que le camion en question était le mien. Me voyant alors il me pointe du doigt en disant au matelot que j’arrivais. Il devint clair alors que mon Escampette faisait parti des véhicules à sortir du bateau pour permettre l’évacuation du malade et de son auto. Par chance il n’y avais que trois véhicules à sortir. Sur le quai, dans l’attente d’être rappelé à bord, j’entame la discussion avec le propriétaire d’un classe C immatriculé en Colombie-Britannique. Je suis convaincu de parler avec un Canadien alors que lui l’est de parler avec un Hollandais. Il faudra plusieurs minutes de conversation pour que nous réalisions de part et d’autre que nous étions dans l’erreur. Mon affable interlocuteur est un Australien, propriétaire du classe C, qu’il remise dans la vallée de l’Okanagan avant de retourner chez lui l’autre bord du globe. Il semble, si j’ai bien compris ses explications, qu’il revient chaque printemps récupérer son VR pour partir à la découverte d’une partie de l’Amérique du Nord. Tout finit par rentrer dans l’ordre mais c’est avec un certain retard que le navire largue les amarres.
Le soleil est avec nous durant toute la journée et il suffit de s’abriter du vent pour passer un agréable moment sur le pont extérieur. D’ailleurs il est assez cocasse de voir que la piste d’atterrissage pour hélicoptère, attenante au solarium, est quasi recouverte par des tentes dont l’armature est rattaché au bastingage par des ficelles avec des pôles «scotchées» au pont avec du Duck Tape.
Notre navire fera deux escales en cours de route. L’une à Wrangell et l’autre à Petersburg. Deux petites communautés qui, comme Ketchikan, vivent une insularité complète. D’ailleurs, Normand et moi nous nous étonnons de découvrir des maisons construites sur le bord d’île qui nous semblaient complètement désertes.
Deuxième destination : Juneau capitale de l’Alaska (et non ce n’est pas Anchorage). Son nom lui vient d’un Québécois qui y vint pour prospecter de l’or. C’est lui et son associé qui amorcèrent la mise en place d’installation permanente. Construite sur le continent, la ville a les pieds dans l’eau et le dos accoté sur les montagnes. Longtemps prospère grâce à l’or que l’on y trouvait, la ville a du faire des pirouettes pour s’adapter à une économie du tourisme et accueillir les milliers de touriches, avides de souvenirs, que viennent y vomir les nombreux transatlantiques qui y accostent. En l’espace de trois jours il en est arrivés quatre et pas des petits, je vous le jure. Si vous avez du mollet prenez le temps de quitter l’artère des boutiques pour aller vous balader dans le haut de la ville. Vous y découvrirez un Juneau moins clinquant mais plus pittoresque et vrai.
Nous débarquons à Juneau à 5 heures du matin après une traversé de 18 heures 45 minutes. Nous quittons le navire sous un ciel bouché, nous bénissant d’ondées occasionnelles, bien rafraichit par un mercure qui avait plongé sous la barre des deux chiffres (en centigrade évidemment). Pour le petit déjeuner nous tombons sur un sympathique petit café grâce au hasard provoqué par les informations périmées de mon NavSat. Ils savent faire le café (ce qui est beaucoup plus rare que l’on croit) leurs muffins, croissants et bagels tiennent la route et, autre ressource rare, ils ont l’internet gratos. C’est l’Heritage Cafe sur la Second Street. Si vous passez par là, aller les saluer.
Après plus de deux heures de flânerie au Café et le ciel étant toujours bouché et pluvieux nous nous rabattons sur le Musée de l’Alaska. Fichtre! fermé jusqu’en 2016 pour rénovation. Nous demeurons résolument orientés musée et nous nous dirigeons vers celui de la ville. Petit, modeste mais quand même intéressant pour qui veut connaître l’histoire de la ville, nous en ressortons complètement transis deux heures plus tard. Il ne chauffe pas et l’humidité nous traverse les os. Pour bouger un peu nous nous dirigeons vers le centre ville faire l’activité ultime des jours de pluie ; le lèche vitrine. Pour le dîner nous prenons la route en direction du camping de la National Forest que nous prévoyons utiliser pour notre premier coucher. Cette fois il y a des sites dédiés au VR avec deux ou trois services.
Bien sustentés et déshumidifiés nous allons visiter le Glacier Mendenhall. Nous avalons sans encombre le petit sentier qui mène au pied d’une chute d’où nous avons un excellent poste d’observation pour photographier tant le glacier que les minis Iceberg qui flottent sur le lac. Le temps est toujours frais mais Galarneau finit par transpercer les nuages et nous procure une fin de journée des plus acceptable. Nous dégustons goulument ces moments de soleil car nous savons que demain la température sera encore plus moche que celle que nous avons connue aujourd’hui.
D’ailleurs je vais vous épargner le récit de cette deuxième journée sauf pour vous dire qu’au fil des ballades camion, nous sommes tombés sur le «Shrine» de Ste-Thérèse-de-Lisieux le long de la Glacier Highway. C’est une espèce de lieux de pèlerinage qui fut fondé par…devinez qui?? Un Québécois bien sur! Finalement peut-être que c’est génétique chez nous de fonder des affaires???
Troisième destination Haines : Nous nous levons tôt car le départ du navire est à 7 heures. Nous couchons à environ 15 minutes d’auto du terminal des traversiers. Ayant compris le truc à Prince Rupert nous nous pointons 90 minutes avant le départ question d’étirer la nuit le plus possible. Arrivé au terminal je m’élance au guichet avec billet et papier d’identification. Le guichetier s’en empare et commence à déchirer le coupon lorsqu’il réalise que la traversé en question a été annulée. Notre départ est reporté à 20h45 le jour même. Déconvenue chez les équipages. Que faire? Dit le Lénine du groupe! Finalement, grâce à Carole, notre gestionnaire d’agenda en chef, le nouveau programme de la journée est rapidement déterminé à la satisfaction de tous. Le soleil est enfin arrivé et nous nous dirigeons vers le téléphérique de Mont Robert. Notre projet? Grimper en haut avec le téléphérique et revenir à pied par le sentier. Deuxième déconvenue! L’exploitant ne vend pas de billet allé simple vers le haut. Il faut monter à pied jusqu’en haut pour avoir droit à un billet aller-simple vers le bas mais avec la possibilité d’une descente «gratos» sur preuve que nous avons acheté pour 10$ dans la boutique ou le Resto Bar du sommet.
Nous optons pour la montée à pied des 1 800 pieds de dénivellation répartis sur deux milles de sentier. Les deux gars poussent même la marche jusqu’à 2 100 pieds pour un bonheur agrandi par la disparition des arbres. Panorama 360° sur le paysage et la ville tout en bas. Le sommet, qui est à 3 830 pieds, nous tente. Mais nous devons y renoncer ,nos conjointes, restées au terminal du téléphérique, n’en étant pas avisées.
En après-midi nous sommes trois à vouloir retourner au glacier Mendenhall alors que la Manouche préfère se livrer à son sport favori ;photographier et marcher dans le centre-ville de Juneau. Les deux équipages se retrouveront donc sur le quai à 18h pour le souper et l’attente du navire.
Le désagrément du matin a permis de redécouvrir Juneau sous le soleil, de goûter une belle randonnée dans une superbe forêt avec vu imprenable sur la ville et l’île Douglass. Ça nous change de la banquette de camion.
Ce changement d’horaire, même s’il nous a permis de découvrir Juneau sous un nouvel angle, bousille notre nuit car il est près de 3 heures du matin lorsque nous nous installons dans le stationnement du terminal des traversiers de Haines pour dormir.
Haines n’est quasiment pas fréquenté par les gros transatlantiques. Le village n’est donc pas contaminé par l’artificiel kitch des rues portuaires de Juneau et Ketchikan. Il y a donc des chances que le village offre une image plus réaliste de ce à quoi ressemble la vie quotidienne des gens dans une contrée comme l’Alaska. Les commerces, moins nombreux que dans nos deux arrêts précédents, sont moins clinquants mais non dépourvus de charme. Notre brève ballade sur la rue marchande me permet d’ailleurs de prendre connaissance d’un autre morceau du puzzle de ces navires de croisière qui sillonnent le passage intérieur de l’Alaska. En effet plusieurs vitrines de commerces sont garnis d’une affichette expliquant que les propriétaires sont des résidants de l’endroit et non des compagnies de croisières.
Ce détail s’ajoute à celui entendu à Juneau où un résident nous expliqua que le quartier du port d’il y a dix ans ne ressemblait en rien à ce que nous voyions. Il nous a dit qu’une compagnie avait acheté près de 10 pâtés de maison et avait tout transformé et rénové.
J’en ai conclu que les compagnies de croisières (fort probablement) avaient, à coût de millions, créé artificiellement un circuit de croisière alaskien en jouant le «glamour» du Gold Rush.
Nous avions initialement prévu trois nuits à Haines car la place est réputée pour la pêche et les possibilités de kayak sur le Lynn Canal (fjord le plus profond et le plus long du monde). Comme Normand et moi sommes amateur de pêche et que Manon et Normand aime la kayak il nous avait semblé raisonnable d’y prévoir un peu de temps.
Nous amorçons notre visite de côté du lac Chilkoot et de la rivière du même nom. Rivière réputée poissonneuse où il est possible de voir facilement des ours grizzly lorsque le saumon est en fraie. La rivière est, pour un pêcheur à la mouche, des plus affriolante. Le lac est lui aussi très joli. Le lac fait partie d’un State Park où nous envisageons coucher. Revenant sur nos pas pour rejoindre Haines je m’arrête à la clôture de décompte des saumons. Nous sommes le 6 juin et il n’y a que deux Sockeyes de décomptés depuis le 27 mai. Horriblement bas!
Nous poursuivons en direction de Haines, situé à près de 5 milles du terminal du traversier. Nous y faisons une découverte à laquelle nous ne nous attendions pas. Haines est entouré de belles montagnes dont plusieurs sont enneigées. Sur 360° votre regard se pose sur de majestueuses montagnes. C’est, depuis le début de notre périple en l’Alaska, le plus beau coin visité. Nous nous rendons à la coopérative d’artistes Native Art Centre pour visiter et voir leurs production, puis nous glissons vers une galerie d’art où il y a de fort beau tableau d’art traditionnel des autochtones du coin. Je dégote même un petit café qui fait un excellent espresso. Pure bonheur quand vous avez du endurer les horribles cafés de Truck Stop durant quelques milliers de kilomètres.
Nous décidons de quitter Haines plus rapidement que prévu. Que voulez-vous! Pas de saumon pas de pêche, pas de saumon pas d’ours à photographier. Reste quoi? Le kayak! Mais les amateurs du groupe trouvaient que 4 heures à 125$ par personne c’était un peu pas mal cher. Alors direction Kluane Lake au Yukon.
Le coin du Houblonneux
Durant la traversée de Ketchikan à Juneau, Normand et moi avons pris le temps d’aller vider un pichet au bar du navire. Un modeste pichet pour 18 heures et 45 minutes de traversée c’est très raisonnable nous semble-t-il. Nous nous sommes laissés tenter par la Summer de l’Alaskan Brewery. Blonde d’été rafraîchissante et facile à boire comme il se doit pour une bière d’été. Comme la température n’est jamais très chaude depuis notre arrivé en Alaska il est plutôt difficile pour cette petite Summer de se mettre en évidence et en valeur. Belle robe blonde, moyennement mousseuse, ce qu’il faut d’acidité pour rafraichir, bien ronde mais sans longueur.
Durant l’apéro la discussion s’engage avec un couple de la table voisine. Ils sont aussi amateurs de bière et nous échangeons sur les micro brasseries du Québec, car monsieur en connaît quelques-unes. Je leur parle de la Creamy Dark de la Brasserie Jacob Leinenkugel goûtée durant la première partie du voyage. Monsieur la connait mais il trouve qu’elle a perdu beaucoup de personnalité depuis que Miller a acheté cette brasserie. Le 5 générations de brasseurs familial est peut-être vrai, mais c’est du passé.
Madame, de son côté, nous invite fortement à visiter Milwaukee, où, semble-t-il, il y aurait plusieurs micro-brasserie produisant des bières de grandes qualités. Glissez une note dans vos cartons.
Le coin du Technophile
Essence utilisé depuis le départ : 818 L
Km parcourus depuis le départ : 5 838 Km
Vitesse moyenne enregistrée : 64,7Km/h
Consommation moyenne : 13,7 L/100Km
Crédit photos principal : Manon Sabourin
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