CHARLESTON, BEAUFORT, SAVANNAH
Arrivée en milieu d’après-midi nous nous installons au James Island County Park à environ une douzaine de kilomètre du vieux Charleston. C’est un nom à retenir pour ceux qui aiment les beaux camping. Nous, nous avons grandement apprécié le décor et l’organisation.
Le temps qu’il nous reste avant le souper est d’ailleurs consacré à une grande marche pour découvrir les lieux.
Le lendemain il fait beau soleil et nous nous attaquons au vieux Charleston en vélo. Nous sommes rapidement conquis par l’atmosphère qui imprègne les lieux. Le vieux sud des plantations transpire des murs des superbes maison ante bellum
. C’est «Autant en emporte le vents» en direct.
Situés entre les embouchures des rivière Ashley et Cooper les lieux voient débarquer les premiers colons britanniques et des planteurs de la Barbade en 1670. D’abord nommé Charles Town en l’honneur du roi Charles d’Angleterre ce n’est qu’ultérieurement que le nom glissera vers Charleston. Plaque commerciale pour le sucre, la mélasse et le rhum ,la ville prospère grâce à la traite des Noirs. La ville voit transiter quelques 300 navires par année. C’est l’époque où les plantations de riz, d’indigo et de coton sont florissantes dans un arrière pays défriché et cultivé par des milliers d’esclaves.
Petite anecdote cocasse en passant. En 1718 le port de Charleston a subit un blocus d’une semaine par vous savez qui? Nul autre que le célèbre Barbe-Noire qui avait pris en otages des notables (ce n’est pas sans me rappeler les «Bourgeois de Calais») de la ville afin d’obtenir devinez quoi? Une provision de médicament pour soigner sa syphilis. Aux grands maux les grands remèdes dit le dicton n’est-ce pas!
L’âge d’or de Charleston surviendra dans la première moitié du XIXe siècle. Le coton a supplanté le riz et l’indigo mais sa culture requiert une main-d’oeuvre des plus abondantes. La ville est donc un des plus important marché d’esclaves. Il n’est donc pas surprenant que la ville se sépare du gouvernement fédéral en 1861. C’est d’ailleurs là que la guerre de sécession commencera lorsque le général confédéré Pierre Gustave Toutant de Beauregard d’origine louisianaise fera attaquer le Fort Sumter détenu par les forces de l’Union. La ville a bout de ressource capitulera en 1865.
Suite à la victoire des forces de l’Union toute l’économie du Sud est complètement dévastée. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que la ville commencera à réhabiliter son patrimoine.!
Balcons majestueux, colonnades imposantes, murs peint de ton pastel et délicieux petits jardins concourent à nous transporter dans le temps. Certaines maisons, généralement parmi les plus riches, sont en pierres mais la majorité sont en bois ou en brique qui est, origine britannique oblige, omniprésente tant dans les rues que les trottoirs et les jardins. Nous sommes malheureusement un peu tôt en saison pour bénéficier de la floraison. Cependant, malgré que l’on soit en février la ville historique est très animée.
Nous complétons notre première journée d’exploration en flânant dans les étals du Marché public. Nous y découvrons des paniers tressés d’une grande beauté et d’une fort belle qualité. Ce marché laisse peu de place à la breloque. Sans être nécessairement très chers les produits sont souvent de facture artisanale. La Manouche se laissera d’ailleurs tenter par l’étal de nappe provençale. Tentation qui nous conduira dans une agréable conversation avec la vendeuse qui est d’origine Brésilienne et qui, ayant épousée un Français, parle fort bien la langue de Molière.
Le lendemain le ciel étant incertain nous décidons de poursuivre la visite à pied dans les rues qui avaient le plus attiré notre attention la veille. C’est d’ailleurs moins fastidieux de faire des photos en déambulant à pied qu’en vélo et de plus cela favorise les petits sauts dans des boutiques où nous ne nous serions pas arrêtés en étant en vélo. C’est un peu grâce à la lenteur que mon nez fut attiré par la boulangerie artisanale Normandy sur Broad street. Si vous passez par là un jour n’hésitez pas à aller vous chercher un de leur gros pain crouté. Croute craquante à souhait et mie dégageant une délicieuse arôme de levain. Du bonbon sous la dent je vous dis.
Comme la pluie se fait de plus en plus persistante nous décidons d’aller visiter la Calhoun Mansion House. C’est le Manoir le plus grand de Charleston (35 pièces). Ce manoir appartenait à George Walton Williams sur lequel il me semble intéressant de vous glisser un mot. Armateur futé à la morale quelque peu élastique. Il s’est considérablement enrichi en faisant commerce malgré le blocus de la guerre civile et en revendant tout de 7 à 8 fois le prix. Rusé il se faisait payer en or ou en livre sterling plutôt qu’en dollar confédéré rapidement dévalué.
Pour signifier sa richesse, il fit sienne une coutume chinoise : sculpter une corde autour de la porte d’entrée. Mais lui ne s’en tint pas là, et sculpta des cordes autour de la plupart des portes de la maison.
De l’extérieur la maison n’est pas la plus frappante ou la plus belle, personnellement je trouve celle qu’il offrit à son fils pour son mariage plus jolie, mais l’intérieur victorien est incroyable (malheureusement pour vous, vous devrez vous y rendre car les photos sont interdites).
C’est maintenant la propriété d’un antiquaire collectionneur et elle croule sous les oeuvres d’art qui tapissent les murs, les meubles et même en dessous de ceux ci. Je vous épargne la description mais sachez amis lecteurs que les Manouches en étaient pantois.
La découverte de la ville se poursuit sous la pluie et c’est tout trempés que les Manouches rentre au camping.
C’est sous le soleil retrouvé que nous poursuivons notre périple un peu plus vers le sud. En fait c’est tous juste 113 Km plus au sud que se trouve notre étape suivante.
La petite ville de Beaufort (11 700 h) est fort peu connue mais elle témoigne elle aussi de l’opulence de l’époque des plantations. Autre intérêt de la région c’est qu’elle abrite le peuple Gullah.
Les cinéphiles seront heureux d’apprendre que la région a servi de décor aux scènes censées se dérouler au Vietnam dans Forrest Gump. Le romancier Pat Conroy, de son côté, y a situé le cadre de son roman Le Prince des Marées. Le film qui en fut tiré utilisa la maison Lewis Reeve Sams (1852) pour une partie des scènes.
Cette petite ville est facile et rapide à visiter car le quartier historique se parcours en moins de 90 minutes.
Comme la distance est courte nous arrivons tôt au Hunting Island State Park situé à environ une trentaine de kilomètres de Beaufort. Comme un côté de l’île donne sur l’Atlantique nous nous dirigeons vers la plage dès le dîner avalé. C’est là que quelque chose d’étonnant nous attend.
Au début tous semble normal. Plage de sable, quelques dunes dans la partie haute de cette dernière, sac et ressac de la mer. Plage banal qui ressemble aux milliers d’autres kilomètres de plage qui parsèment la côte atlantique. C’est après une quinzaine de minutes de marches, que l’insolite ,fissure l’apparente banalité de cette plage.
Ce n’est que plusieurs minutes plus tard que ma marche me rapproche d’une dame qui photographie la plage et le marais qui la jouxte. Nous engageons la conversation, et des après les mondanités et l’inévitable Where do you come from, elle m’explique que l’océan gruge l’île année après année. Selon ses dires le marais d’il y a 20 ans était le double de largeur de celui d’aujourd’hui. Le camping du State Park aurait été obligé de réduire de deux rangées de sites sa superficie côté océan. Selon ses dires l’île perdrait plusieurs pieds par année. C’est à ce moment que je comprend ce qu’était les bizarres de monticules bruns observés à une centaine de mètres avant d’arriver à la hauteur de cette dame. C’était le sol du marais qui n’était pas encore complètement recouvert par le sable.
Je comprend aussi que tout les arbres morts que je voyais allongés sur la plage sont une autre des conséquences de ce phénomène.
Après une brève exploration de cette «forêt» à l’allure de fin du monde nous rebroussons chemin afin d’aller visiter Beaufort.
L’information touristique est située dans l’ancien arsenal (1798) de la ville. Le bâtiment aux murs crénelés et peint en jaune détone dans cette trame urbaine principalement composée de maisons de bois.
Le plus vieux bâtiment est l’église de la paroisse de St. Helena (1724). L’église est entourée du cimetière où l’on retrouve les tombes des première familles à s’installer ici. Comme vous le savez déjà les états-uniens sont très patriotiques et il me semble aussi qu’ils témoignent d’un profond respect pour les soldats morts au combat. Je vous dis cela car beaucoup de tombes dans ce petit cimetière étaient ornées de drapeau, tantôt états-uniens, tantôt confédéré. Étaient-ils tous morts au combat? Je ne puis l’affirmer avec certitude. Mais l’une de ces tombes attira mon attention car elle était flanquée de deux drapeaux britannique. Reposaient là deux soldats britannique morts dans une batailles s’étant déroulée à proximité en 1779.
J’ai déjà vu quelques choses de semblable à Dien Bien Phu au Vietnam. Deux cimetières s’y côtoyaient. L’un pour les soldats Viet Minh et l’autre, encore très bien entretenue, aux soldats français morts durant cette terrible bataille qui scella le sort de la présence française. J’avais alors été grandement impressionné de la considération témoigné par les Vietnamiens à l’égard de leur ennemies.
C’est donc quelque peu songeur que je reprend le chemin de ma visite. La quarantaine de bâtiments à caractères historiques que compte Beaufort ont été construit entre 1750 et le tout début du XXe siècle. Je termine cette fort agréable ballade dans le temps en allant rejoindre la Manouche pour un souper en ville au resto PLUM près de l’eau où ils servent de très bonnes huîtres locales et des poissons apprêtés autrement qu’en friture.
Le lendemain, malgré l’absence inexpliquée de mon boyau d’alimentation en eau, nous prenons finalement la route vers Savannah en Georgie. Vieux quartier plus densément construit et, me semble-t-il plus sombre (est-ce dû au temps plus nuageux ou à la généreuse frondaison des arbres?), que Charleston. Il s’en dégage néanmoins un charme envoûtant.
Cette fois nous commençons par une soirée consacrée à la musique. Après notre installation au Skydaway State Park nous revenons à Savannah avec la ferme intention de découvrir cette ville autrement que par la visite des beaux quartiers historiques.
Nous nous engouffrons donc dans une taverne, à deux pas du bar où nous voulons terminer la soirée. Nous sommes bien malheureux lorsqu’on nous apprend que le premier verre de vin est gratuit avec le repas principal. Nous soupons tranquillement et agréablement dans un atmosphère de PUB anglais.
Ne voulant pas risquer de devoir faire le pied de grue dehors nous nous dirigeons vers le Bay street Blues Bar une demie-heure avant le spectacle. L’endroit est fréquenté par des habitués du coin qui se narguent et s’interpellent de part en part de la salle. La clientèle et la déco n’ont rien à voir avec le BCBG. Noir avec chapeau melon, noeud papillon et lunettes rondes, motard en veste de cuir à l’effigie de son club, serveuse large comme les barriques de bière qu’elle nous sert, vieille paumée attendant sa chance, groupie minaudant avec le leader de l’orchestre, Captain Morgan en 3D nous offrant son rhum, graffiti et annonce de Miller Lite s’entremêlant. Tous les ingrédients sont là pour une superbe soirée de gros blues qui sue et dont nous devrons, à regret, nous séparer vers minuit.
Lendemain c’est à pied que nous poursuivons notre découverte de Savannah en nous concentrant sur un quartier en particulier. La pluie, qui est de retour, finira par gâcher le plaisir qu’il y a à découvrir ainsi la ville. Pour notre dernière journée à Savannah, la pluie étant significative et persistante nous nous rabattons sur la visite du musée ferroviaire et nous parcourons un autre segment de la ville qui est parsemé de très beaux squares. C’est d’ailleurs l’une des choses que je retiens le plus de cette ville ; la quantité et la beauté de ses nombreux squares et parcs.
Nous nous dirigeons vers nos quartiers pour une nuit en bivouac furtif avant de nous attaquer aux 1 100 Km qui nous attendent avant notre prochaine destination.
Le coin du Houblonneux
Essayé la India Pale Ale de la Brasserie Sweet Water d’Atlanta en Georgie. Encore une IPA me dirai vous. Mais à ma décharge je ne le savais pas lorsque je l’ai commandé au bar lors du spectacle de Blues. Elle a su susciter surprise et attention de ma part malgré les Guinness qui l’ont précédée. Non filtrée et non pasteurisée elle a un goût qui sort de l’ordinaire des bières que je connais. Peut-être est-ce là ce que les brasseurs veulent dire lorsqu’ils annoncent que leur bière vous livrera un kick-you-in-the-teeth hop chop. Je n'ose vous proposer une traduction de peur de briser l'esprit du propos.
P.S. : Avec ce mercure en YOYO j'ai fini par attraper un rhube de cerbo. Schnoutte.
P.S. : Avec ce mercure en YOYO j'ai fini par attraper un rhube de cerbo. Schnoutte.
Vous semblez faire un très beau voyage et de magnifiques découvertes! Et que dire des photos? Un gros WOW!
RépondreSupprimerBonne continuation!