Pour visiter la prairie nous avions choisi le Chicot State Park comme port d’attache. Première surprise c’est qu’il est situé dans des collines alors que nous venions de faire près d’une heure trente de route dans de la prairie bien planche. Le parc est situé dans Ville Platte (ce n’est pas une blague) ce qui fait rigoler les Manouches.
C’est de là que nous partirons pour visiter la région et devoir aussi malheureusement retourner à Lafayette pour changer la chambre à air de mon pneu arrière de vélo.
Même s’il y a aussi des bayous dans les prairies, ici la terre domine sur l’eau contrairement aux terres basses de la région des bayous où l’on ne sait pas encore qui de l’océan ou de la terre va gagner.
Nous amorçons notre exploration de la région par le parc Chicot qui contient un Arboretum qui permet via une longue ballade en forêt de découvrir la flore locale et qui explique la constitution des sols selon l’endroit où nous nous trouvons dans les collines. Bien fait et intéressant, pour peu que l’on s’intéresse à ces questions il nous permet de profiter de la belle journée.
Le lendemain nous avons décidé de commencer par une visite d’Opelousa qui est la ville la plus près de Lafayette où nous devons faire un saut pour la réparation du vélo. Nous transformerons ce léger désagrément en plaisir car nous décidons sur place d’aller dîner chez Creole Lunch House, petit resto, surtout fréquenté par des habitués, situé dans un bungalow vert pâle en plein quartier résidentiel, où l’on sert une authentique cuisine créole familiale. Gourmand autant que gourmet je ne peux m’empêcher de demander au patron de me préparer une assiette dégustation de quelques uns des mets offerts ce midi là. Cuisine substantive aux accents rustiques elle est goûteuse et bien relevée. Le gourmet ne regrette pas d’avoir laissé la bride au cou de son gourmand.
Opelousas est le chef lieu de la paroisse de St-Landry (c’est Bernard qui serait content d’apprendre ça). Faut que je vous explique qu’en Louisiane les districts administratifs de base sont les paroisses (Parish). Héritage de son passé catholique. C’est du moins ce que nous expliquera Earl Taylor le District Attorney qui, nous voyant avec nos caméras et nos petits dépliants, s’est spontanément stationné à cheval entre le petit trottoir et la rue où nous nous trouvons pour venir nous faire un brin de jasette. Suis un peu surpris et étonné qu’un District Attorney (si s’avait été le maire de la ville j’aurais plus aisément compris sa motivation) vienne faire la causette à deux touristes, s’enquérir de comment nous trouvons la ville et de nous remercier d’avoir fait un arrêt à Opelousa. J’avise d’ailleurs les septiques parmi vous que j’ai ce qu’il faut pour les confondre car en nous quittant monsieur Taylor me remet sa carte professionnelle à l’arrière de laquelle il inscrit son numéro de cellulaire personnel (rien de moins). C’est l’arrière boutique pleine de points d’interrogations que je le remercie pour sa gentillesse et sa délicate attention.
Opelousa, qui se targue d’être le berceau de la musique Zydeco et de la Swamp Pop, est une belle petite ville très agréable à visiter à pied. C’est aussi à Opelousa que se tient l’International Cajun Joke Telling Contest.
Le centre d’accueil touristique est situé dans une reconstitution d’un ancien village et c’est par lui que nous commençons notre visite.
Sur la rue principale nous tombons sur une exposition en plein-air de violoncelles peints de différents motifs. Nous nous balladons tranquillement de rue en rue pour voir les plus belles parmi les plus vieilles et il n’est pas rare que des gens nous abordent pour nous indiquer d’aller sur telle rue ou telle autre où se trouvent, selon eux de très belles maisons. Il y a même une résidente qui de son auto nous demande si nous faisons le walking tours et qui devant notre réponse positive nous fait un two thumbs up. Cela me semble, vous dirais-je, un excellent reflet de l’attitude Louisianaise à l’égard de la visite. Je repense à une réponse reçu du Texan qui a partager le petit-déjeuner avec nous au Café des Amis de Pont-Breaux. Lui ayant demandé si l’on trouvait au Texas des «activités» similaires à celle que nous vivions alors. Il me répondit ; «You know Louisiana were relatively unique in the US».
Personnellement, si je compare très subjectivement l’impression que je garde de notre escapade floridienne de l’an passé avec mon impression présente de la Louisiane, j’avoue que l’hospitalité et la chaleur humaine sont plus présentes ici. Je ressents aussi une façon d’être qui me plaît plus que celle que j’ai ressenti l’an passé. Est-ce la philosophie sous-jacente au slogan local de «Laisser les bons temps rouler»?
Opelousa, même si elle n’a rien d’extraordinaire à offrir aux touristes est une petite ville remplie de charme et fort sympathique, surtout lorsque la température est radieuse comme aujourd’hui.
Washington, petit village fondé en 1720 est voisin d’Opelousa. Nous décidons de le parcourir en vélo. Village qui mérite une visite si vous désirez voir à quoi ressemble la vie ordinaire d’un village ordinaire où les belles d’autrefois n’obstrueront pas la lentille de votre caméra. Beaucoup moins attrayant qu’Opelousa malgré ses efforts et la gentille grand-maman, retraité de l’enseignement, qui nous accueil au Visitor Center.
Voulant réserver la ville d’Eunice pour le spectacle du «Rendez-vous des Cajuns» du samedi soir nous inscrivons Crowley comme destination du jour le lendemain de notre visite à Washington.
Ville plus populeuse qu’Opelousa, Crowley bénéficie d’un centre-ville beaucoup plus affirmé. Rue principale flanquée d’édifice en brique du début du siècle passé. Nous commençons par la visite d’un centre d’interprétation du riz. En effet Crowley est la capitale Louisianaise de la culture du riz et la Louisiane est un des gros producteur de riz à l’intérieur des États-Unis. Nous y apprenons donc les techniques locales pour cultiver cette céréale.
Je vous explique! Le fermier divise sa terre en parcelle. Une parcelle est délimitée par une digue de 2 mètres de large par 1 mètre de haut. Le cultivateur nivelle sa terre de manière à avoir une légère pente permettant l’écoulement de l’eau. Chaque parcelle a une «porte» permettant à l’eau de couler du «haut» du terrain vers le «bas» du terrain.
Le riz semé,, la terre est inondée et le niveau de l’eau contrôlé. Le riz ayant poussé la terre est asséchée pour que le sol puisse se raffermir. Le riz est finalement récolté avec une moissonneuse-batteuse.
Cela me rappel un peu la technique de la culture de la canneberge. La différence étant que dans le cas de la canneberge le champ est inondé pour la récolte alors que pour le riz la culture se passe dans l’eau et la récolte sur la terre asséchée.
L’année suivante, la terre ayant besoin de reposer, le cultivateur élèvera de l’écrevisse sur les champs qu’il aura inondés à nouveau. Tout comme moi vous vous demandez peut-être ce qu’il advient de l’écrevisse pendant que le champ est asséché? Ce dernier s’enfouit dans la vase en attendant le retour de l’eau. Le cultivateur n’a plus qu’à installer ses pièges à écrevisses pour récolter les bestioles.
Dans le même édifice il y a la reproduction d’un studio d’enregistrement «célèbre» du coin qui a contribué à faire connaître plusieurs artistes locaux. Nous y découvrons des noms qui nous sont complètement inconnues et des styles de musique dont je ne connaissais même pas l’existence.
On nous y apprend qu’il existerait un «Swamp Blues» et que les meilleurs représentant que l’étiquette avait sous contrat étaient : Lightnin’ Slim, Slim Harpo et Silas Hogan. Vous connaissez? Les quelques échantillons écoutés ne me permettent pas de percevoir de différence entre le Swamp Blues et le Blues que nous entendons au Québec. J’avoue cependant que côté musique je suis plutôt béotien.
Il fait beau soleil et la température est agréable alors nous repartons, après un lunch dans l’Escampette, parcourir la ville à pied.
Le lendemain, samedi, nos deux principaux objectifs sont d’assister au Jam Session du Marc Savoy Music Center en matinée et au spectacle «Le Rendez-vous des Cajuns» en soirée.
Le matin nous nous rendons donc aux célèbres jam session. Monsieur Savoy, afin de favoriser la transmission du patrimoine culturel, ouvre son commerce tout les samedis matins pour permettre aux plus vieux (le patriarche du jour a d’ailleurs 95 ans et il «violonne» et chante allègrement) de jouer et aux plus jeunes de regarder, de pratiquer, de questionner. Cela fait 47 ans qu’il en est ainsi.
D’ailleurs ce samedi là il y a parmi les jeunes «apprentis» Antoine, un jeune montréalais qui après un an d’étude en musique s’est piqué de musique Cajun et qui est venu ici en sabbatique pour parfaire sa connaissance du répertoire traditionnel. Contre gîte et couvert il est «bénévole» sur une ferme durant la semaine et durant ses moments libres il fréquente tout ce qui peut lui permettre de développer une meilleure maîtrise de l’accordéon utilisé par les Cadiens.
M.Savoy est un drôle de zig. Musicien il a enregistré des disques, il tient aussi un magasin d’instrument de musique, jusque là rien de vraiment surprenant. Mais M. Savoy est aussi un peu philosophe à ses heures et le babillard est rempli de feuilles de papier où sont inscrites ses réflexions sur le monde qui l’entoure.
L’on peut entre autre, y lire que «Religion can easily become the business that come about when you take the physical world and distort its natural spirituality into something witch makes cents» dixit Marc Savoy. J’en ai d’ailleurs photographié quelques autres pour votre plaisir. Suis certain que certains parmi vous se régalerons.
En après-midi, attendant le spectacle, nous visitons l’Acadien Cultural Center du Centre Jean-Lafitte. Coup de chance du hasard il y a là un spectacle auquel nous nous joignons et celui-ci est suivi d’une démonstration de cuisine Acadienne locale. Faut vous mentionner que la cuisine dite Cajun est fort semblable à la cuisine dite Créole. Mais ici le roi de la table est l’écrevisse que les gens consomment à la tonne. La barbue est aussi le poisson le plus présent sur les menus avec la crevette. Ici aussi le boudin est servi en boulette et il est essentiellement blanc. Le noir est interdit de vente. Les gens peuvent s’en fabriquer mais pas le vendre.
L’heure du spectacle arrive et nous nous présentons au vieux théâtre où il prend place. Ce spectacle du samedi soir est un rituel local. Il est diffusé en direct sur les ondes d’une radio dont une partie de la programmation est consacrée aux Cajuns.
Deux groupes sont au programme ; le premier à se présenter vient de Chicago (étrange) et interprète du répertoire Cajun à l’harmonica. Le deuxième, le August Broussard and friends, est plus traditionnel, «accordionniste» violon, guitare acoustique, pedal steel guitar et batterie.
Le spectacle est un peu schizophrénique. Sur le rideau de fond de scène trône une énorme banderole affichant «LE RENDEZ-VOUS DES CAJUNS» et toutes les chansons sont chantées en français mais les dialogues entre l’orchestre et l’animateur de la soirée se déroulent en anglais et les présentations au public de même. Je vous ai déjà mentionné comment les Acadiens d’ici aime danser. Ça c’est confirmé durant le spectacle. Ce n’est pas le fait qu’ils sont dans un théâtre qui va les arrêter. Le petit espace libre entre la scène et la première rangée de banc est rapidement envahi par des couples qui y dansent avec un visible plaisir.
Demain nous quittons la Louisiane mais avant de partir il y a deux petits trucs dont je veux vous parler.
Premièrement la réputation qu’a la Nouvelle-Orléans d’avoir le plus au taux de criminalité des États-Unis. L’avertissement m’avait été servi par un ami avant mon départ et une autre source m’a aussi signalé cette information. Nous pouvons donc considérer que la validité de l’information est bonne. Le problème avec une telle donnée c’est qu’elle est abstraite (Nb crime/pop.). Il ne faut pas se laisser effaroucher par cela. Lorsqu’on prend le temps de remettre en contexte l’information la perception change. Ainsi la Nouvelle-Orléans est doté d’un très gros port. Qui dit gros port dit grosse chance de plaque tournante pour l’entrée de drogue. Évidemment qui dit drogue dit réseau criminel qui en assure la gestion et la distribution. Donc compétition entre «gang» pour le monopole avec les «Paw, Paw» qui en découle. Mais ces luttes internes se déroulent habituellement loin du grand public. Reste la délinquance de rue qui est susceptible d’affecter le simple citoyen. Mais les risques peuvent être facilement réduits en appliquant les règles de prudence de base de tout voyageur.
Selon le guide touristique consulté le parlement Louisianais aurait adopté en 1997 une loi tolérant le meurtre sous certaines conditions. En gros si vous surprenez quelqu’un dans votre maison ou si vous soupçonnez quelqu’un d’être en train de vous piquer votre bagnole vous pouvez lui tirer dessus. N’oubliez pas que le port d’arme est légal dans l’état de la Louisiane. Honnêtement cette loi et le port d’arme m’inquiète beaucoup plus que le taux de criminalité.
L’on peut rapidement classer l’affaire sous la trop brève explication de «relent de l’époque cowboy» mais pour moi c’est plus sérieux que cela. Un parlement qui adopte de telles lois se refuse et refuse à la «force publique» d’être le dépositaire exclusif de la «force et de la violence». Cela laisse au jugement individuel le pouvoir d’utiliser la «force et la violence». C’est le règne de l’individu «juge et partie». La Manouche a fait une photo d’une affiche qui résume éloquemment le présent propos.
Cela dit il n’en demeure pas moins que les Louisianais sont généralement chaleureux, gentils et affables.
Le coin du Houblonneux
Covington Pontchartrain Pilsner, brassé par Heiner Brau à Covington LA. C’est une Pilsner traditionnelle. Elle se boit donc aisément et elle est rafraîchissante. Bière honnête sans être un brassin d’exception. Elle ne me laissera pas un souvenir impérissable.
Entièrement d'accord avec vous qu'il règne une joie de vivre et une chaleur humaine qu'on ne retrouve pas ailleurs aux USA.
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